Mixité sociale et réussite scolaire dans les collèges du 12ème

Bénéficiant d’une nouvelle sectorisation à la rentrée 2019, les sept collèges publics du 12ème auront désormais une mixité sociale équivalente. Ce brassage, combiné à l’investissement exemplaire des équipes éducatives, est gage d’une meilleure réussite pour tou-te-s. Mais la ségrégation sociale reste forte avec les établissements privés : à cet égard, la loi doit évoluer !

 

Pourquoi chercher à avoir davantage de mixité sociale dans nos collèges ? Car toutes les études rejoignent l’expérience de terrain pour montrer qu’une réelle mixité dans un établissement scolaire bénéficie à tou-te-s les élèves, pour peu qu’ils soient encadrés par une équipe éducative formée et mobilisée. Cette mixité tire vers le haut les élèves en difficulté – statistiquement davantage issus des milieux défavorisés – mais ne pénalise pas les bons élèves qui y trouvent un environnement propice à la réussite. La mixité est aussi un indispensable outil d’apprentissage du « vivre ensemble » républicain.

Or l’académie de Paris a le triste record de la plus forte ségrégation sociale entre ses collèges. Cette ségrégation tient pour une bonne part à la concurrence des établissements privés, à propos de laquelle les élus locaux se trouvent bien démunis – nous en reparlerons. Mais elle tient d’abord, pour moitié, à la ségrégation résidentielle : les secteurs des collèges ressemblent aux quartiers où ils sont implantés, reproduisant les écarts de richesse très élevés entre l’Est et l’Ouest, entre le centre et les périphéries, entre des quartiers bourgeois et des quartiers pauvres parfois très proches les uns des autres.

Cette proximité est aussi une chance. Une ville dense comme Paris offre diverses possibilités de brassage des populations collégiennes, la plus emblématique étant le secteur multi-collèges. Ce dispositif, initié sous le ministère de Najat Vallaud-Belkacem, a été notamment expérimenté dans les 18e et 19e arrondissements, avec des résultats inégaux, mais plutôt encourageants à ses débuts en ce qui concerne le secteur Coysevox-Berlioz (voir à ce sujet la note de Julien Grenet). A la Mairie du 12ème, nous avions envisagé en 2018, avec la Ville de Paris, de créer un secteur multi-collèges dans le 12ème, mais nous y avons finalement renoncé devant le manque d’implication de l’Education nationale, partenaire incontournable pour la réussite d’un tel projet. Nous n’avons pas pour autant renoncé à travailler à davantage de mixité !

Les collèges publics du 12ème présentent déjà une mixité sociale assez homogène : l’arrondissement est habité par une population socialement mixte et la Maire du 12ème de 2001 à 2014, Michèle Blumenthal, avait déjà remanié la sectorisation dans le sens de la mixité. Quand on regarde le profil social des collégiens de chaque secteur (sans tenir compte de l’évitement vers le privé), on constate que le part des enfants issus de milieux défavorisés oscille entre 15 et 20% tandis que celle des enfants de milieux favorisés ou très favorisés est comprise entre 50 et 60%. Avec seulement deux exceptions : Germaine Tillion, qui compte un peu moins d’enfants très favorisés ; et surtout Georges Courteline qui en compte beaucoup plus.

Les divers changements pour la rentrée  2019 concernent donc en priorité Germaine Tillion et Georges Courteline, géographiquement très proches mais au recrutement social trop dissemblable, l’écart entre les secteurs étant accentué par l’évitement vers le privé. En 2019-2020, une nouvelle cohorte d’enfants des écoles Lamoricière, habitant la Porte de Vincennes, sera désormais sectorisée à G. Courteline, tandis que G. Tillion accueillera de nouveaux enfants issus des écoles Marsoulan et surtout Montempoivre (nous permettant au passage d’alléger les effectifs du collège Paul Valéry qui avaient trop augmenté ces dernières années). Statistiquement cette opération de « re-sectorisation » devrait ramener le secteur Tillion dans la moyenne des autres collèges publics du 12ème tout en augmentant la part des élèves de classes moyenne ou défavorisée à Courteline.

Cette « re-sectorisation » volontariste a fait l’objet d’une concertation, en décembre dernier, avec le directeur académique, les principaux de collèges, les représentants de parents d’élèves des collèges et l’union locale FCPE du 12ème. Elle a reçu un avis favorable du conseil d’arrondissement et du CDEN en janvier, avant d’être adoptée début février par le Conseil de Paris – dont c’est la compétence en tant que département. Et depuis janvier, nous avons mené un travail d’information auprès des directeurs et des parents d’élèves des écoles concernées. Il s’agit notamment de lever les préjugés dont souffrent parfois nos collèges publics, en insistant sur la réalité de la vie de ces établissements : des enseignants de qualité, des élèves épanouis et qui peuvent accéder aux meilleurs lycées, des projets à foison etc. A cet égard, rien de tel que de faire témoigner les collégiens eux-mêmes et leurs parents !

Il n’en reste pas moins que dans le 12ème, la ségrégation reste très forte entre les établissements publics et privés. Ces derniers scolarisent 37% des collégiens résidant dans l’arrondissement, mais pas n’importe lesquels, puisque par exemple Sainte-Clotilde et Saint-Michel de Picpus n’accueillent que 2 à 3% d’enfants de milieux défavorisés. Ces établissements bénéficient, de par la loi, d’importants financements publics, avec des enseignants rémunérés par l’Etat et l’obligation pour les collectivités locales de contribuer à leurs frais de fonctionnement. Les établissements privés sont financés par nos impôts, mais ils choisissent leurs élèves et sont, dans notre arrondissement, le principal facteur de ségrégation scolaire ! La Loi Blanquer, qui vient d’être adoptée à l’Assemblée nationale, offre même 150 millions d’euros supplémentaires par an à l’enseignement privé, à payer par les collectivités, en raison de l’abaissement à trois ans de l’obligation d’instruction.

Bref, s’il faut poursuivre et amplifier les dispositifs de mixité entre les établissements publics (re-sectorisation, secteurs multi-collèges, busing etc.), il devient aussi indispensable de faire évoluer la loi pour obliger les établissements privés sous contrat à participer à cet effort de mixité sociale et scolaire.

Quant à la ségrégation entre les lycées parisiens… le sujet mériterait un billet à part !

 

La nouvelle sectorisation 2019, adresse par adresse, est à consulter ici : http://perimsco.paris.fr

La carte globale sera bientôt consultable ici : http://capgeo.sig.paris.fr/Apps/SecteursScolaires/

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