Le mouvement du 1er juillet devient Génération·s et se dote d’une charte

J’étais le 2 décembre au Mans, avec plus de 2000 personnes venues de toute la France, pour poser les fondations de notre nouveau mouvement politique et citoyen, avec pour ambition d’imaginer et de construire une société plus juste, plus écologique et plus démocratique !

Nous nous sommes donnés un nouveau nom : Génération·s

Et nous avons adopté notre charte, fruit d’un travail de consultation et d’amendements de plusieurs semaines, avec 28 000 questionnaires remplis en ligne, un texte martyre, des milliers d’amendements et un dernier débat en séance plénière le 2 décembre…

Cette charte, que je vous invite à découvrir, résume nos valeurs et nos combats. Vous la retrouverez aussi, avec beaucoup d’autres informations, sur le site du mouvement : www.generation-s.fr

Préambule

Nous sommes de gauche. Nous sommes écologistes.

Nous sommes les héritiers et les héritières d’un long combat. Nous ne sommes pas les enfants du hasard mais d’un idéal : le droit absolu et irréductible des êtres humains à vivre libres et égaux et à mourir dans la dignité. Il n’est pas d’ordre établi qui ne puisse s’inverser, d’injustices et de misères qu’on ne puisse éradiquer.

Cet idéal est celui des Lumières et de la Révolution française. Plus de deux siècles plus tard, notre résolution demeure intacte et nécessaire.

Les yeux bien ouverts et le cœur vigilant, nous savons que des injustices criantes demeurent, que des formes nouvelles de domination émergent. L’espèce humaine est menacée par une course absurde et destructrice au profit, dans une atteinte toujours plus irréversible à la nature. Le principe même d’égalité entre les êtres est contesté.

Nous sommes portés par le devoir de réduire les fractures incessantes entre l’idéal et le réel. Face aux tensions d’une époque, face aux mutations d’un monde troublé, face à la menace climatique, face aux peurs et à l’ampleur de la tâche, nous nous rassemblons pour porter haut la perspective du progrès humain – c’est-à-dire l’aspiration simple à une vie meilleure pour les femmes et les hommes d’aujourd’hui et les générations à venir.

Voilà la raison même de l’existence de notre mouvement. Nous sommes les filles et les fils des mouvements ouvriers dont les sacrifices, le sang, les chants et la force ont arraché l’individu à la misère où l’avait placé le système capitaliste. Nous sommes les filles et les fils de la Commune, des suffragettes, du Front Populaire, de la décolonisation et du programme du Conseil national de la Résistance qui proclamèrent, en des « jours heureux », l’inviolabilité de nos droits fondamentaux politiques, écologiques et sociaux.

Nous sommes les descendants et descendantes de tous les combats humanistes, féministes, écologistes et progressistes, de l’abolition de l’esclavage à celle de la peine de mort, du refus de toutes les oppressions et de la quête constante de l’émancipation individuelle. Nous croyons à la tempérance et à la nécessité de dépasser un système capitaliste qui réduit le vivant à une donnée économique et dévaste les forêts, les océans et la biodiversité.

Nous faisons nôtre la charte des Verts mondiaux qui fait de la préservation de notre Terre et des générations futures la ligne centrale de toute politique éthique. Nous nous inscrivons dans la tradition des combats ouverts à Porto Alegre en 1994 en faveur d’une mondialisation bienveillante, opposée à la dictature du libre-échange et de la financiarisation de l’économie. Nous croyons farouchement à la force supérieure de la coopération sur la compétition.

Nous sommes enfin de tous ceux et de toutes celles qui, en France et dans le monde, pensent, imaginent et agissent contre un système néo-libéral qui accroît sans cesse la pauvreté, les inégalités et la violence. A tous ceux et toutes celles qui confisquent le pouvoir, qui refusent obstinément de faire confiance aux citoyens et citoyennes parce que le monde serait devenu trop complexe, qui rêvent d’un monde élitiste et oligarchique, nous rappelons qu’il n’est de souveraineté que dans le peuple et qu’il n’est pas de démocratie sans lui.

Au moment où nous vivons une mutation inédite de nos sociétés, où la révolution numérique accélère la métamorphose du travail, supprime des millions d’emplois et permet à de grands consortiums privés de prendre possession de nos vies en s’appropriant nos données personnelles, il est temps d’agir pour concilier innovation technologique, progrès humain et protection de la nature.

Nous voulons le bien-être au travail, et plaçons l’être humain au centre des activités de production et de création. Au moment où les grands intérêts privés accaparent la richesse au détriment des biens communs et de l’intérêt général, où les citoyennes et citoyens se sentent dépossédés de leur pouvoir et où l’individu est souvent invisible et méprisé, il est temps d’agir pour qu’ensemble, nous reprenions confiance en notre capacité collective à changer le monde.

Notre volonté est immense. Nous savons qu’il n’est pas d’ordre établi, d’injustices immuables, de misères que l’on ne peut abolir. Jamais sans doute autant de citoyennes et citoyens n’ont exprimé le besoin de vivre en harmonie avec leur environnement, d’éradiquer la pauvreté, de créer des solidarités nouvelles, de dépasser enfin le consumérisme et le productivisme, d’en finir avec la concurrence pour aller vers la coopération, la réussite de toutes et tous et l’épanouissement de chacun.e.

Pour toutes les générations présentes et futures, c’est notre responsabilité, notre engagement et la société à laquelle nous aspirons.

L’Égalité

Les êtres humains sont égaux. Cette égalité est même le fondement premier de nos valeurs. De celle-ci découlent nos combats pour la démocratie, la justice sociale et l’écologie.

Les différences ne fondent aucune hiérarchie dans les domaines politique, économique, social et culturel, dans ce qui relève de la « chose publique ». Il n’y a pas de liberté sans égalité et la liberté de chacun.e est conditionnée à celle des autres. Le respect de la loi est impératif tant que sont préservés les principes d’égalité et de liberté.

Notre mouvement s’inscrit dans la continuité du combat de Jaurès en affirmant pour objectif principal la suppression des dominations sociales fondées sur la propriété des moyens de production et d’échange ou sur les inégalités sociales, des hiérarchies fondées sur l’identité de genre, sur la classe sociale, sur l’orientation sexuelle, sur l’origine géographique ou culturelle.

Nous nous engageons pour l’égalité des territoires, qui doit réparer les fractures entre la ville et la campagne, le centre-ville et la banlieue, la métropole et les Outre-mer. Aucune émancipation n’est possible si elle est fondée sur la compétition et la concurrence en tant que valeurs. Elles ne sont que des masques usés qui cachent l’inégalité réelle au nom d’une chimérique égalité des chances.

Voilà pourquoi le Mouvement se bat pour une société basée sur le principe de coopération entre égales et égaux, où, pour tout ce qui relève de l’activité collective, l’égalité des droits et des devoirs entre citoyennes et citoyens doit être entière.

L’Écologie

La dette écologique ne peut se négocier à la différence de la dette financière. La première ne peut pas être subordonnée au remboursement de la seconde.

La course effrénée aux profits et la logique productiviste ne se contentent pas d’exploiter le travail des humains, elles exploitent sans limite les ressources naturelles. Elles mutilent la nature, maltraitent les animaux, et mettent en péril les écosystèmes de la Terre.

Nous croyons aux progrès de la science et à la conquête du bien-être universel – dès lors que ces avancées s’effectuent dans la connaissance et le respect de la nature. Nous rejetons le dogme de la croissance matérielle sans fin comme indicateur universel du bien être.

Nous lui opposons des indicateurs de développement et d’émancipation qui s’affranchissent de la mesure du PIB pour intégrer l’exigence de la transition écologique, de la bonne santé des humains et du monde vivant, de la biosphère, de l’éducation et de la culture.

Nous défendons la reconnaissance par la France, l’Europe et la communauté internationale des biens communs : l’eau, l’air, les sols, la forêt, les océans, la biodiversité – patrimoine qu’il faut protéger, restaurer et gérer collectivement pour permettre à l’humanité de retrouver l’harmonie avec son milieu.

Nous savons la valeur de la terre. Nous savons la valeur du vivant et des sols naturels dont la consommation par l’urbanisation spéculative et l’imperméabilisation galopante réduisent notamment le potentiel agricole.

Loin d’une agriculture industrialisée et financiarisée dont la rentabilité repose sur l’emploi exponentiel de produits chimiques aux effets délétères sur notre santé et celle des générations à venir, nous soutenons une agriculture paysanne et écologique relocalisée pour assurer une production alimentaire biologique, saine et durable.

L’avenir de l’Humanité est menacé par le changement climatique et le consumérisme effréné. Nous voulons lui opposer des échanges économiques sobres en carbone, favorisant les circuits courts, les productions locales et l’économie circulaire. Alors que les crises humanitaires se multiplient, nous défendons  un modèle de développement de transition qui implique la conversion écologique de l’économie, débarrassée du nucléaire. Nous voulons promouvoir l’économie sociale et solidaire et toutes les formes d’entreprises et d’entrepreneuriat qui intègrent des principes démocratiques, limitent la lucrativité et améliorent les conséquences environnementales et sociales de leurs activités.

La Démocratie

L’égalité des droits et des devoirs, la fraternité, la liberté personnelle et collective d’opinion et d’expression : voilà ce qui fonde la démocratie comme principe supérieur d’organisation sociale. La liberté de la presse et l’indépendance de la justice en sont notamment les garants.

Dans le domaine des institutions, nous promouvons une démocratie représentative et participative, la séparation entre pouvoirs législatif et exécutif et non la prééminence de ce dernier.

Nous croyons en une République régie par la devise du gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. Nous croyons en l’intelligence collective et refusons toutes les formes de démocratie amoindrie qui subordonnent le destin de notre pays au « génie » d’un ou d’une seul.e.

Nous voulons fonder une nouvelle République démocratique et participative, écologique et sociale, laïque et décentralisée.

Nous affirmons le droit inaliénable à la sûreté et la sécurité. La puissance publique doit organiser la protection des citoyens et citoyennes tout en garantissant nos droits et nos libertés fondamentales.

Dans le champ économique et social, nous nous inscrivons dans le combat et la promesse socialistes qui ne concevaient pas d’émancipation possible si la démocratie était interdite de franchir les portes de l’atelier. La démocratie n’est pas une oasis qui se limiterait à l’exercice intermittent du droit de vote pour élire des représentant.e.s.

Le peuple n’est pas un lobby parmi d’autres. Notre projet est plus que jamais la démocratie jusqu’au bout, la démocratie continue, et notre souverain exclusif demeure le peuple. Nous refusons le seul pouvoir des grands actionnaires privés et promouvons l’entreprise avec ses déclinaisons plurielles, non comme une propriété mais comme une co-existence d’acteurs, où les salarié.e.s co-élaborent et co-décident.

Nous promouvons le changement d’échelle de l’économie sociale et solidaire, modèle d’avenir des relations de production et d’échange. Nous combattons pour l’application des conventions internationales du travail, pour garantir la liberté syndicale et pour la préservation des institutions représentatives du personnel.

Le droit de chacun.e d’accéder librement à la culture est reconnu comme un droit démocratique.

La Justice sociale et les solidarités

Nos sociétés sont traversées par des rapports de domination et d’exploitation. Les conflits d’intérêt entre classes sociales subsistent et se sont accentués depuis l’essor de la révolution néolibérale des années 1980 et la mondialisation, notamment financière.

L’individualisation du travail et la crise de la société salariale ont altéré la conscience de classe mais pas la réalité des processus de soumission du plus grand nombre aux intérêts d’une infime minorité.

Loin d’engendrer une prospérité partagée, la financiarisation de l’économie est responsable de l’accroissement des inégalités. Nous voulons donc la justice par la redistribution des richesses à l’échelle nationale, européenne et internationale. Ces transferts s’opéreront par l’impôt à travers les services publics, l’éducation, les politiques de santé, l’augmentation des salaires, la réduction du temps de travail, le Revenu Universel d’Existence, les péréquations entre territoires et la solidarité internationale.

Vouloir la justice sociale ne se réduit pas à une meilleure redistribution des richesses. Il ne peut y avoir de République réalisée sans la certitude pour chacun.e d’échapper à toutes les formes de domination. En premier lieu, nous combattons pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans le droit et dans les faits. Nous reprenons à notre compte l’engagement d’Aimé Césaire qui rappelait que le combat commun des travailleurs n’effaçait pas la persistance des discriminations fondées sur la couleur de peau. Cela est tout aussi vrai pour toutes les discriminations fondées sur la culture, la croyance, l’orientation sexuelle ou le handicap.

Notre combat pour la justice embrasse la lutte contre tous les processus de domination culturelle qui, à force de stéréotypes dégradants, refusent aux personnes discriminées la jouissance d’une citoyenneté pleine et entière.

Voilà pourquoi nous prônons la laïcité telle qu’elle fut introduite en 1905 en séparant le religieux du politique et en assurant à chacun et chacune la liberté de ne pas croire ou de pratiquer le culte de son choix.

L’éducation, contre l’ignorance et tous les obscurantismes est la clé de l’émancipation et de l’épanouissement des individus. Nous voulons une éducation humaniste, capable d’ouvrir pour chaque personne des perspectives pour se réaliser comme individu tout au long de la vie et pas seulement de préparer l’insertion professionnelle immédiate. Nous défendons le vieux rêve de Victor Hugo de l’éradication de la pauvreté : un impératif moral, social et économique. Chaque citoyenne et citoyen doit voir ses droits fondamentaux – se loger, se nourrir, travailler, se cultiver, se soigner, s’éduquer et vivre en sécurité – assurés tout au long de sa vie.

Nous militons pour démarchandiser les rapports sociaux. Cette ambition implique de repenser notre rapport au travail. Le Revenu Universel d’Existence, nouveau pilier de la Sécurité sociale, doit être créé pour garantir des revenus décents. Il assurera dignité et autonomie à chacune et chacun, permettant la création d’un rapport de force plus favorable entre travailleurs et employeurs. Nous reprendrons sous des formes variées la marche vers la réduction du temps de travail.

Une Europe démocratique, écologique et sociale

Nous sommes Européens et Européennes. Nous voulons poursuivre le processus de rapprochement des peuples et la réalisation d’une Europe fédérale.

Le projet européen, pensé comme un antidote à la guerre doit se transformer en un projet émancipateur pour les citoyens et citoyennes. Cette perspective s’est évanouie dans les politiques néolibérales austéritaires et dérégulatrices mises en œuvre par l’Union européenne. Bafouant régulièrement la démocratie, le néolibéralisme a enfermé l’Europe dans une impasse qui alimente les nationalismes et menace sa propre existence.

Le rebond n’est pas dans le repli souverainiste. Nous défendons un agenda progressiste, démocratique et transnational comme alternative à l’impasse néolibérale et nationaliste.

Parce que l’Europe est l’échelle pertinente pour affronter les défis du siècle, l’Union européenne doit porter la transition écologique, le juste échange en matière commerciale, l’accueil solidaire des réfugiés, la lutte contre le dumping fiscal et social. Ces objectifs ne seront atteints que par l’alliance des gauches européennes.

L’Internationalisme

Nous voulons retrouver la ferveur des engagements internationalistes des femmes et des hommes qui ont fondé la gauche.

Le premier des défis, c’est l’écologie car c’est la survie de l’humanité qui est en jeu. Mais les défis sont nombreux : celui de la paix dans un monde de plus en plus ravagé par les crises humanitaires, celui de la solidarité pour celles et ceux qui en sont victimes, celui de la défense des droits humains et de la démocratie, celui de la répartition des richesses pour des sociétés plus égalitaires. Dans un monde qui se complexifie, d’autres enjeux apparaissent, comme ceux de la privatisation des données individuelles et de la neutralité du Net, ou encore de l’évasion fiscale.

Nous œuvrerons pour une gouvernance mondiale qui fera du multilatéralisme un outil incontournable dans la résolution des crises en agissant tant sur leurs causes que sur leurs effets.

Nous construirons des convergences avec tous les collectifs qui partagent nos valeurs : mouvements, partis, syndicats, associations, sociétés civiles en mouvement, réseaux aux échelles locale, nationale, européenne et mondiale. Avec eux, nous mènerons des combats communs pour promouvoir la démocratie, la justice sociale, l’écologie et la solidarité internationale.

Parce que nous estimons que ce qui nous rassemble en tant qu’êtres humains est plus important que ce qui nous divise, et que nous sommes toutes et tous engagés dans un avenir commun,  l’internationalisme est au cœur de nos valeurs.

Ce combat nécessite des alliés à travers le monde. Nous bâtirons donc une alliance internationale des progressistes, en nous affranchissant du tropisme occidentaliste,  pour reconstruire les liens entre les peuples autour de la promotion et la défense des biens communs.

 

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